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Enquête Covid-19 | Crise sanitaire et coopération internationale : quelles conséquences pour les acteurs du territoire régional ?


Le 11 mars 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) déclare l’épidémie de Covid-19 pandémie mondiale. Afin d’enrayer sa propagation, la plupart des pays du monde ont été appelés à mettre en place des mesures de prévention et de protection permettant de prévenir la saturation des services hospitaliers : annulation de manifestations, mise en place de gestes barrières, mesures de confinement, fermetures des frontières, etc. Comment cette crise sans précédent a-t-elle affectée les acteurs de la coopération et de la solidarité internationale en Bourgogne-Franche-Comté et leurs projets ?

Pour mieux comprendre les difficultés rencontrées et les réponses qui pourraient être apportées, BFC International, a mené une enquête du 20 avril au 15 mai 2020 auprès de 68 acteurs de Bourgogne-Franche-Comté. Parmi les répondants figuraient 81 % d’associations, 4% de collectivités territoriales, 7% d’établissements d’enseignement et de recherche, 3% d’acteurs économiques et 5% d’institutions. BFC International s’est, dans le cadre de ce travail, associé avec 10 réseaux régionaux multi-acteurs (RRMA) de la coopération et de la solidarité internationale et le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) afin de partager des éléments d’analyse et de valorisation des données recueillies (au total, 570 acteurs issus de 11 régions ont participé à cette enquête). Voici les principaux enseignements de ce travail à l’échelle régionale.
 
Des conséquences immédiates pour la plupart des acteurs et des projets de coopération et de la solidarité internationale en région
 
93% des acteurs interrogés se disent être affectés par la crise sanitaire. Parmi les difficultés les plus récurrentes, les problématiques financières (68%) et relatives à l’animation de partenariats internationaux (71%) sont partagés par une très large majorité d’acteurs.
 
Les conséquences financières peuvent varier sensiblement d’un acteur à un autre, en fonction notamment de leur activité, leur statut ou de leur modèle économique. Les structures qui comptaient sur l’organisation d’évènements locaux pour lever des fonds subissent particulièrement un manque à gagner, s’élevant parfois jusqu’à plusieurs milliers d’euros. Certaines structures ont été contraintes de reporter des demandes de financement qui étaient initialement prévues auprès des pouvoirs publics, ce qui pose certaines problématiques de trésorerie. On constate particulièrement ce phénomène chez les acteurs qui avaient prévus de mettre en œuvre des projets de mobilité internationale, notamment avec des jeunes (chantiers solidaires, volontariats, etc.). Quant aux collectivités territoriales, si elles ont pour la plupart maintenues leurs dispositifs de soutien aux acteurs et fait preuve d’une grande agilité dans la gestion des dossiers en cours – ce qui est salué par les acteurs enquêtés, elles sont inquiètes concernant les conséquences de la crise sur les programmations budgétaires 2021.
 
46 % des acteurs rapportent par ailleurs que leurs partenaires internationaux rencontrent également des difficultés financières suite la crise sanitaire.
 
Des acteurs fragilisés… mais réactifs
 
73% des acteurs interrogés déclarent avoir suspendu ou reporté leurs projets et 13% d’entre eux déclarent subir le désengagement d’une ou de plusieurs parties prenantes de leurs activités (partenaires, autorités ou bénéficiaires). 10% des acteurs font état de projets strictement annulés et non reportés.
 
44% des acteurs ont adapté leurs projets en cours à de nouveaux besoins et 21% expliquent devoir réorienter complètement leurs objectifs, leurs activités ou modifier les cibles de leurs projets, ce qui sous-entend un besoin potentiel d’accompagnement dans cette transition. 26% des acteurs expliquent avoir rapidement mis en place des actions des actions spécifiques liés aux enjeux sanitaires telles que la diffusion d’informations relatives à l’hygiène, la mise en place d’actions de prévention ou encore l’échange d’expériences sur la gestion de la crise à l’image, par exemple, d’étudiants de la faculté de médecine de Dijon et de Niamey (Niger).
 
De manière générale, les acteurs expliquent être principalement affectés par la perte des liens qui les unissent avec leurs partenaires, locaux ou internationaux, et plus spécifiquement au sein de leur propre équipe de salariés ou de bénévoles. Ce premier constat implique dès lors des difficultés de suivi et d’évaluation des projets menés. Mais les acteurs soulignent également un développement massif des échanges à distance (réunions en visio-conférences, etc.) et la prise de conscience des possibilités de travail collaboratif, peu exploitées jusqu’alors.
 
A l’international, les acteurs ont été confrontés à l’arrêt ou à la suspension des projets menés de sur le terrain (annulation ou report de délégations, de missions de terrain, de formations, de séances de sensibilisation, de projets de construction, etc.), au report de l’envoi de matériel (notamment médical ou encore agricole avec, par exemple, l’impossibilité pour la Chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire d’acheminer des semences auprès de son partenaire tchadien à la date des semis prévus) ou encore à la difficulté à se procurer le matériel de protection adéquat (masques, gel, etc.) pour poursuivre certaines opérations prioritaires. Comme plusieurs autres collectivités en France, Comme plusieurs autres collectivités en France, la Ville d’Autun (71), grâce à son partenariat de coopération avec une collectivité chinoise - la ville de Chengdu dans le district de Chenghua province du Sichuan - a pu se procurer rapidement des masques dès les premiers jours qui ont suivi le confinement. L’association France Chine a ainsi fait don de plusieurs centaines de masques aux autunois et facilité son acheminement vers la France. Plusieurs structures ont également été contraintes de rapatrier des élèves, des jeunes, des volontaires, des bénévoles ou du personnel en urgence. Toutes ces opérations ont pu être menées à bien avec l’appui actif du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE), des services de l’État, de la région académique, de l’Agence du Service Civique ou encore de France Volontaires.
 
En région, la grande majorité des évènements de sensibilisation et d’éducation à la citoyenneté mondiale (fêtes locales, conférences, débats, projections, expositions, interventions en milieu scolaire, Joli Mois de l’Europe, etc.) a été annulée ou reportée. Certaines manifestations ont été proposées en ligne (webinaires, visio-conférences, etc.) tandis que d’autres ont été complètement revisitées, à l’image du festival « Aux quatre coins de mots » organisé par l’Établissement Public de la Coopération Culturelle (EPCC) La Cité du Mot à la Charité-sur-Loire (58), qui est devenu une « boîte à emporter » contenant des livres, des jeux, du contenu numérique, des goodies, etc.
 
La réponse à une crise de la santé… ne passe pas exclusivement par la mise en place de projets de santé
 
Ces premiers constats nous conduisent à envisager une baisse du nombre de projets et d’acteurs mobilisés pour la coopération et la solidarité internationale en 2020 et la fragilisation de certains projets, notamment au regard des difficultés à les animer, à effectuer un suivi pour s’assurer de leurs impacts et de leur qualité ou simplement à échanger avec les partenaires concernés.
 
Malgré un relatif optimisme (seuls 16% des acteurs considèrent que la pandémie aura des impacts sur le long terme), plusieurs enquêtés évoquent des difficultés à se projeter et un risque potentiel de « démobilisation » : comment, dans un contexte de contraction économique, la coopération et la solidarité internationale pourrait-t-elle être davantage prise en compte par les citoyens, les collectivités territoriales et les institutions ? En effet, au regard notamment de ses coûts financiers et écologiques, la coopération internationale saura-t-elle démontrer son intérêt et de sa pertinence face à une tendance globale à la « relocalisation » ?
 
Lorsque l’on interroge les acteurs de la coopération et de la solidarité internationale sur les projets à mettre en œuvre en réponse à la crise, ils signalent qu’une diversité de thématiques doit être prise en compte (agriculture, économie, eau et assainissement, éducation, culture, etc.). Cette approche multisectorielle n’est pas sans rappeler les débats émergents sur la résilience et la capacité des territoires à surmonter les crises, au sens large, et à répondre aux besoins essentiels. Elle rejoint également la philosophie des Objectifs de Développement Durable (ODD) adoptés par les Nations-Unies le 25 septembre 2015, qui promeut une approche globale du développement.
 
…Et après ?
 
Les attentes des acteurs se portent massivement sur un appui à la mobilisation de financements (71%) et à la mise en place de plaidoyer (82% des acteurs le considère comme important ou très important).
 
Aussi, les acteurs enquêtés attendent qu’un travail soit engagé afin que les moyens alloués à la coopération et à la solidarité internationale ne soient pas fragilisés. Si les collectivités territoriales sont, à l’heure où cet article est rédigé, encore dans l’incertitude, nous pouvons aussi rappeler que l’État avait quant à lui préalablement adopté une trajectoire budgétaire globale, fortement ascendante en matière d’aide au développement et d’action extérieure des collectivités territoriales.
 
Par ailleurs, les acteurs soulignent la nécessité de conduire des projets mutualisés pour renforcer leurs impacts et leurs capacités à surmonter les crises (Important ou très important pour 60% des acteurs). En ce sens, le renforcement de la fonction « projet » de BFC International pourrait être poursuivie, telle qu’elle est aujourd’hui déjà mise en œuvre à travers les projets « COopérer Pour Réussir l’Avenir – COPRA » au Burkina Faso et au Niger, ou à travers le dispositif des Tandems Solidaires qui réunit la région académique et 5 collectivités territoriales.
 
Enfin, les acteurs, notamment associatifs, font part d’une volonté de bénéficier d’espaces de dialogues et de concertation, associant notamment les collectivités territoriales et les institutions, afin d’être davantage associés aux prises de décisions.