Interfaces #2 | Du Morvan à l’Afrique de l’Ouest, une affaire de fer

Expérimentation de réduction de minerai de fer lors de l’inauguration de l’exposition "Un âge du fer africain" au musée national de Ouagadougou, le 23 février 2017, en présence du ministre de la Culutre et du Tourisme du Burkina Faso (cl. Bibracte / V. Guichard)

Bibracte a comme cœur de métier la promotion de l’archéologie de l’âge du Fer européen. Comment l’établissement au coeur du Parc Naturel Régional du Morvan en est-il arrivé à s’intéresser aussi au patrimoine de l’Afrique subsaharienne ? 

C’est en apparence le fruit d’un hasard, mais cette ouverture à des espaces extra-européens devait advenir un jour, d’une façon ou d’une autre. C’est donc à la suite de la rencontre, lors d’un colloque organisé par l’UNESCO, avec une collaboratrice du Centre du patrimoine mondial qui nous pointait le manque de formations francophones à la gestion des sites patrimoniaux, que nous avons pris l’initiative de mettre en place en Bourgogne un pôle de formation qui dispense des formations courtes (2 semaines) sur un rythme biennal. Ce pôle, animé aujourd’hui par le Réseau des Grands Sites de France (RGSF) et basé à Bibracte (après l’avoir été à l’abbaye de Cluny), a accueilli depuis 2007 plus de cent professionnels issus de près de quarante pays. Les sessions de formation sont l’opportunité de rencontres très fortes qui se prolongent parfois par des partenariats durables. C’est dans ce cadre que RGSF et Bibracte accompagnent depuis 2011 les autorités du Burkina Faso dans leur projet de mise en valeur du patrimoine archéologique en relation avec la très longue histoire de la métallurgie du fer en Afrique de l’Ouest. Ce partenariat est formalisé depuis 2016 dans un projet de coopération décentralisée soutenu par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et la Région de Bourgogne-Franche-Comté. 
Ce projet s’efforce de faire travailler ensemble des acteurs qui ont souvent tendance à s’ignorer (dans ce domaine, la situation n’est pas meilleure au sud qu’au nord…) à différentes échelles spatiales, en utilisant comme levier le caractère transversal des enjeux patrimoniaux. A cet égard, le projet permet de tester dans un contexte très différent une expérience qui est aussi tentée en Morvan dans le cadre de la démarche Grand Site de France : construire avec tous les acteurs locaux un projet de territoire qui s’appuie sur la préservation d’un paysage reconnu comme patrimonial par ses habitants. On trouve ainsi parmi les interlocuteurs africains de Bibracte : une association qui cherche à promouvoir les traditions des communautés de forgerons (Passaté), une ville (Kaya) et une autorité régionale du Burkina Faso (le Centre-Nord), le ministère de la culture et du tourisme du même pays, les chercheurs d’une des universités de Ouagadougou, des spécialistes de l’archéologie du fer et des autorités patrimoniales d’une demi-douzaine de pays alentour, des chercheurs européens, sans compter l’appui constant du ministère des Affaires étrangères et de ses postes diplomatiques. Les actions essaient d’impliquer tous ces acteurs et de sensibiliser un large public. Citons pêle-mêle : 
des séminaires destinés à coordonner les actions à l’échelle régionale pour mettre en valeur le patrimoine du fer, notamment dans la perspective d’une inscription sur la liste du patrimoine mondial (le dernier, tenu au Togo en décembre 2017 a réuni une cinquantaine de participants de huit pays),
- une exposition itinérante présentée à Bibracte en 2016 et à Ouagadougou en 2017, en instance de départ pour Abidjan,
- des expérimentations de consolidation de fourneaux à fer,
- la formation de forgerons à la fabrication d’enclumes (outil indispensable mais peu diffusé en Afrique en raison de son coût).
Au-delà de l’enjeu spécifique du patrimoine du fer, la démarche permet des échanges fructueux sur des thématiques comme la bonne gestion des musées ou la place du patrimoine dans les politiques publiques d’aménagement du territoire, essentielle de notre point de vue à une époque où le cadre traditionnel d’organisation des sociétés africaines, qui en assurait la cohésion, se désintègre rapidement avec l’émergence de mégapoles dont les habitants ont souvent perdu tout lien avec leur communauté d’origine. 

Contact : 
Bibracte EPCC - Centre archéologique européen - 58 370 Glux-en-Glenne
v.guichard@bibracte.fr